Notre vision de la santé

La santé se construit au plus près des habitants, de leurs besoins et de leur réalité de vie

À travers une série d’articles, cette page a vocation à partager les convictions qui animent la CPTS de Costières en Camargue et les valeurs qu'elle défend.

Elle présente une parole collective en faveur d’une santé accessible, humaine et ancrée dans les réalités locales. Ici, la CPTS défend l’importance de la proximité, de la coordination et de la complémentarité entre les professionnels. Elle met en avant la nécessité d’imaginer ensemble des réponses concrètes, adaptées aux spécificités de notre territoire.

Plus qu’une vitrine, cette page se veut un espace de dialogue, de sensibilisation et de mobilisation. Elle affirme notre ambition commune : faire vivre une santé de proximité, coopérative et durable, au service de toutes et tous.

Une ordonnance peut être médicalement parfaite et pourtant difficilement applicable.

Prendre régulièrement un traitement lorsque l'on vit dans un logement précaire, respecter un régime alimentaire lorsque chaque euro compte, se rendre à des rendez-vous médicaux lorsqu'on ne dispose pas de moyen de transport, prendre soin de sa santé mentale lorsque l'on est confronté à l'isolement ou à des difficultés familiales… Dans toutes ces situations, le problème médical existe, mais sa solution ne peut pas être uniquement médicale.

C'est une évidence que connaissent bien les professionnels de terrain : nous ne nous soignons pas indépendamment de la manière dont nous vivons.

Le logement, les ressources financières, l'emploi, l'alimentation, la mobilité, l'isolement, la maîtrise de la langue, l'accès aux droits ou l'environnement familial sont autant de déterminants qui peuvent favoriser la santé ou, au contraire, rendre beaucoup plus difficile le suivi d'une prise en charge.

Relier davantage le médical et le social ne consiste donc pas à demander aux professionnels de santé de devenir travailleurs sociaux, ni aux travailleurs sociaux de devenir soignants. Il s'agit de permettre à chacun d'exercer son métier en sachant qu'une partie de la réponse se trouve parfois chez l'autre.

Quand une réponse sociale rend le soin possible

Imaginons une personne diabétique dont l'équilibre se dégrade régulièrement. La réponse médicale peut conduire à adapter le traitement et à rappeler les recommandations nutritionnelles. Mais si cette personne rencontre des difficultés financières importantes, vit seule, comprend mal certaines consignes ou ne peut pas se déplacer facilement, multiplier les recommandations médicales risque de produire peu d'effets.

Résoudre une difficulté d'accès aux droits, trouver une aide à la mobilité, accompagner la personne dans son alimentation ou simplement lui permettre d'identifier un interlocuteur capable de l'aider peut alors devenir indirectement un véritable levier thérapeutique.

Le raisonnement fonctionne également dans l'autre sens. Une personne confrontée depuis longtemps à des difficultés sociales peut progressivement renoncer à prendre soin d'elle. Retrouver une meilleure santé, une capacité à se déplacer, un sommeil plus régulier, une douleur mieux prise en charge ou un meilleur équilibre psychologique peut lui redonner l'énergie nécessaire pour reprendre des démarches, recréer du lien ou retrouver davantage d'autonomie.

Le social peut rendre le soin possible.

Le soin peut redonner les capacités nécessaires pour agir sur sa situation sociale. C'est pourquoi ces deux dimensions gagnent à ne plus fonctionner en parallèle.

Une évolution qui commence à prendre forme

Cette conception de la santé progresse aujourd'hui en France. En 2026, le ministère de la Santé a notamment mis en avant la notion de prescription sociale : un professionnel de santé peut identifier un besoin qui ne relève pas seulement d'une réponse médicale et orienter la personne vers une activité physique, une association, une activité culturelle, un accompagnement ou une ressource de proximité adaptée à sa situation.

L'idée n'est évidemment pas de remplacer une prescription médicale par une prescription sociale. Elle consiste à reconnaître que les deux peuvent parfois se renforcer mutuellement.

Une expérience française illustre de façon encore plus forte cette complémentarité : le programme Un chez-soi d'abord. Lancé à titre expérimental en 2011 à Marseille, Lille, Toulouse et Paris, puis pérennisé et progressivement étendu à d'autres territoires, ce dispositif accompagne des personnes sans domicile souffrant de troubles psychiques sévères. Son principe est particulièrement intéressant : leur permettre d'accéder directement à un logement stable, puis organiser autour d'elles un accompagnement médico-social pluridisciplinaire.

Le logement n'est donc plus considéré comme l'aboutissement d'un parcours de soins et de réinsertion, mais comme l'une des conditions permettant justement à ce parcours de réussir. Le dispositif associe notamment psychiatrie, médecine générale, soins infirmiers, travail social, addictologie et médiation en santé. C'est un exemple très concret de ce que peut produire le décloisonnement : la réponse sociale – ici le logement – devient aussi un levier de santé, tandis que l'accompagnement médical contribue à rendre possible une réinsertion durable.

Autrement dit, agir sur une situation sociale peut constituer une intervention déterminante pour la santé.

Croiser les regards plutôt que multiplier les prises en charge

Rapprocher le sanitaire et le social prend aussi tout son sens lorsqu'une situation devient complexe. Un médecin peut connaître l'état de santé d'une personne sans mesurer complètement ce qui, dans son quotidien, empêche l'application des recommandations. Un travailleur social peut connaître précisément ses difficultés familiales, financières ou administratives sans disposer de l'éclairage permettant de comprendre certaines fragilités liées à sa santé.

Les réunions de concertation pluriprofessionnelle permettent alors, lorsque la situation le nécessite et dans le respect des règles de confidentialité et de partage des informations, de croiser ces regards.

L'objectif n'est pas que chacun sache tout. Il est que chacun apporte la partie de la situation qu'il est légitime et utile de partager pour construire une réponse plus cohérente. Parfois, une situation qui paraissait insoluble depuis un seul métier devient beaucoup plus lisible lorsque plusieurs professionnels confrontent leurs perceptions.

Faire mieux avec les ressources qui existent déjà

Cette approche prend une importance particulière alors que l'offre de soins est sous tension.

Relier le médical et le social ne créera évidemment pas de nouveaux médecins. Mais cela peut permettre de mieux utiliser le temps médical disponible.

Un médecin n'est pas toujours la meilleure personne pour résoudre une difficulté de mobilité, rechercher une aide financière, accompagner une situation d'isolement ou expliquer certains droits. En revanche, si ces difficultés ne trouvent aucune réponse, elles reviendront tôt ou tard dans le cabinet médical et pourront compliquer la prise en charge.

Mieux coordonner les ressources existantes, c'est donc aussi renforcer l'offre de soins autrement : non pas nécessairement en ajoutant des moyens médicaux, mais en permettant aux différents professionnels d'intervenir là où leur compétence apporte le plus de valeur.

À Beaucaire, essayer de réunir les deux

C'est également l'une des orientations que nous développons au sein de la plateforme territoriale de santé Lo Caïre, à Beaucaire.

Des patients sans médecin traitant présentant notamment des pathologies chroniques y bénéficient d'une prise en charge médicale. Mais certaines situations montrent rapidement que la réponse ne peut pas s'arrêter à la consultation.

C'est pourquoi les acteurs sociaux du Département du Gard prennent part à la démarche, y compris par leur possible présence sur site, notamment pour des rencontres de concertation. L'objectif est simple : lorsqu'une difficulté sociale empêche ou fragilise le parcours de santé, permettre que le relais puisse être trouvé ; et lorsque le travail social fait apparaître une problématique de santé, faciliter également l'accès à la bonne ressource.

Ce rapprochement n'efface aucun métier et ne confond aucune responsabilité. Au contraire, il permet à chacun d'être davantage à sa place parce qu'il n'est plus obligé de répondre seul à l'ensemble des difficultés d'une personne.

C'est probablement là que réside l'enjeu.

Nous parlons beaucoup aujourd'hui du manque de ressources de notre système de santé. Il est réel. Mais avant de chercher uniquement ce qui nous manque, nous pouvons aussi mieux relier ce que nous avons déjà.

Pendant longtemps, notre système de santé s'est principalement construit autour d'une nécessité : soigner. Une maladie apparaît, un symptôme inquiète, un accident survient, et le système de soins intervient. Cette capacité à diagnostiquer, traiter et accompagner reste évidemment essentielle. Mais les tensions que connaît aujourd'hui notre système de santé, et notamment la diminution de la disponibilité médicale dans certains territoires, nous obligent aussi à regarder davantage ce qui se passe avant que le soin ne devienne nécessaire.

C'est précisément l'espace de la prévention.

Et cet espace est beaucoup plus vaste qu'on ne le pense parfois. La prévention, ce sont bien sûr les vaccinations, les dépistages organisés, les examens de contrôle ou la surveillance de certains indicateurs biologiques. Détecter précocement un cancer, repérer une hypertension ou un diabète, prévenir certaines maladies infectieuses constituent des enjeux majeurs de santé publique.

Mais la prévention ne commence ni avec une prise de sang ni dans un cabinet médical.

Elle se construit aussi dans notre vie quotidienne : activité physique, alimentation, sommeil, santé mentale, addictions, santé sexuelle, exposition au soleil, maintien du lien social, prévention des chutes, santé au travail… Autant de domaines dans lesquels de petites évolutions, lorsqu'elles sont repérées suffisamment tôt, peuvent avoir des conséquences importantes quelques années plus tard.

Prévenir, c'est d'abord apprendre à se connaître

C'est probablement l'un des enjeux essentiels des prochaines années : faire de la prévention une véritable éducation à sa propre santé.

Il ne s'agit pas de vivre dans la surveillance permanente de son corps, encore moins de transformer chaque écart en inquiétude. Il s'agit au contraire d'apprendre progressivement à reconnaître ce qui constitue son équilibre et à identifier ce qui change.

La médecine dispose pour cela de normes, de seuils, de taux et d'indicateurs indispensables. Ils permettent de repérer les risques et d'orienter les décisions. Mais une personne ne se résume jamais complètement à une succession de chiffres.

Un résultat biologique, un poids, une tension artérielle ou une capacité physique prennent leur sens dans une histoire, un âge, un mode de vie et un état général. C'est pourquoi la prévention ne peut pas être seulement normative. Elle doit aussi être un dialogue avec les professionnels de santé, permettant de comprendre les indicateurs, de les relativiser lorsque cela est nécessaire et surtout de décider de ce qui mérite réellement notre attention.

Prévenir, ce n'est donc pas chercher à correspondre parfaitement à une norme. C'est savoir suffisamment où l'on en est pour pouvoir agir lorsque quelque chose commence à évoluer.

Repérer tôt plutôt que réparer tard

Cette logique prend tout son sens avec l'avancée en âge.

On peut avoir 60, 65 ou 70 ans, être en bonne santé, actif, autonome et ne ressentir aucune difficulté particulière. C'est justement à ce moment que la prévention peut être la plus intéressante.

Des programmes comme ICOPE, développé par l'Organisation mondiale de la Santé, proposent par exemple de suivre plusieurs capacités essentielles : mobilité, cognition, vision, audition, état nutritionnel ou encore bien-être psychologique. L'objectif n'est pas de rechercher une maladie chez une personne qui va bien. Il est de repérer suffisamment tôt une petite évolution : un équilibre moins assuré, une audition qui baisse, une perte de poids inhabituelle, une difficulté cognitive émergente…

Prise isolément, cette évolution peut sembler anodine. Repérée tôt, elle permet parfois d'agir simplement pour préserver plus longtemps l'autonomie et la qualité de vie.

C'est peut-être là que se situe le véritable changement de perspective : ne plus attendre d'aller mal pour commencer à prendre soin de sa santé.

Une responsabilité, mais jamais une culpabilité

Parler de responsabilité individuelle en matière de santé nécessite toutefois une précaution essentielle.

Nous ne sommes évidemment pas égaux face à la santé. Les conditions de vie, le travail, les revenus, le logement, l'environnement, l'accès aux soins ou encore l'isolement social influencent considérablement notre capacité à prendre soin de nous. La prévention ne peut donc jamais consister à expliquer à celui qui tombe malade qu'il aurait dû mieux faire.

Être responsable de sa santé signifie autre chose : disposer autant que possible des connaissances, des ressources et des accompagnements permettant de faire des choix éclairés.

C'est précisément pour cela que les professionnels de santé, mais aussi les acteurs du sport, du social, de l'éducation et les collectivités ont un rôle déterminant. La prévention est une responsabilité personnelle qui a besoin d'une organisation collective pour devenir réellement accessible à tous.

Réunir soin et prévention sur un même territoire

C'est aussi cette conviction qui guide une partie du travail de la CPTS de Costières en Camargue.

À Beaucaire, la plateforme territoriale de santé Lo Caïre accueille notamment des personnes sans médecin traitant présentant des pathologies chroniques. L'ambition est de ne pas séparer artificiellement le besoin médical du besoin de prévention. Lorsque la situation le justifie, la prise en charge peut donc ouvrir vers d'autres accompagnements : nutrition, activité physique, addictions, diabète ou différents ateliers de prévention.

Le soin devient alors aussi une occasion d'ouvrir une porte vers la prévention.

Car l'enjeu n'est finalement pas de multiplier les injonctions à « prendre soin de soi ». Il est de permettre à chacun de mieux comprendre son corps, ses équilibres, ses fragilités éventuelles et les ressources dont il dispose pour agir.

Prévenir, c'est anticiper sans s'inquiéter, comprendre sans se réduire à des normes et agir sans attendre nécessairement d'être malade.

C'est peut-être, tout simplement, apprendre progressivement à devenir acteur de sa santé.