Chaque mois d’octobre, le rose s’installe dans l’espace public, les établissements de santé et les réseaux sociaux. Mais derrière cette mobilisation désormais familière, une question mérite d’être posée : qu’est-ce qui a réellement changé face au cancer du sein ?

Un cancer toujours plus fréquent…
Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez les femmes en France et la première cause de décès féminin par cancer. Et il est aujourd’hui plus fréquent qu’il y a trente ans : à âge comparable, on diagnostique environ 99 cancers du sein pour 100 000 femmes, contre 73 en 1990. Source : Santé publique France. Ce constat pourrait sembler paradoxal après plusieurs décennies de prévention et de dépistage.
…mais dont on meurt moins
C’est l’autre partie de l’histoire : alors que l’incidence a augmenté, la mortalité a diminué et la survie s’est nettement améliorée. Santé publique France souligne que le dépistage organisé a pu contribuer à cette évolution, parallèlement aux progrès thérapeutiques.
Il serait en revanche scientifiquement abusif d’attribuer cette amélioration à « Octobre Rose » lui-même. La campagne a accompagné une transformation beaucoup plus large : sensibilisation, dépistage, progrès diagnostiques et amélioration des traitements.
Le dépistage : un progrès… qui marque le pas
Le programme national de dépistage organisé a été généralisé en 2004. Les femmes de 50 à 74 ans sont invitées tous les deux ans à réaliser une mammographie, avec notamment une seconde lecture systématique des examens considérés comme normaux.
La participation avait progressé jusqu’à atteindre 52,3 % en 2011-2012.
Depuis, elle recule. En 2024-2025, seulement 45,7 % des femmes concernées ont participé au programme organisé. Même en ajoutant les mammographies réalisées hors programme, la couverture reste en deçà des niveaux souhaités.
Dans le Gard, la participation au dépistage organisé était de 48,3 % en 2024.
Alors, à quoi sert encore Octobre Rose ?
Probablement à ne pas considérer la bataille comme gagnée ! Après plus de trente ans de mobilisation, le cancer du sein est beaucoup plus visible et mieux pris en charge, mais une part importante des femmes concernées reste encore à distance du dépistage organisé.
Et c’est peut-être là que les professionnels de santé ont collectivement un rôle particulier à jouer.
Médecins, pharmaciens, infirmiers, sage-femmes… derrière les statistiques se trouvent des femmes que nous connaissons, que nous rencontrons et qui, parfois, ne se sentent pas concernées, repoussent leur mammographie ou rencontrent des obstacles très concrets pour la réaliser.
Pour la CPTS Costières en Camargue, Octobre Rose peut donc aussi être cela : un mois pour regarder, dans nos pratiques et nos patientèles, qui reste encore à distance du dépistage et comment nous pouvons collectivement réduire cette distance.

